

Toute attente d'un sauveur, qu'il soit extérieur ou intérieur,
est une manière subtile de nous maintenir dans l'impuissance. Penser que quelque chose ou quelqu'un viendra nous délivrer, c'est retarder sans fin le moment où nous reconnaissons que
nous avons déjà ce qu'il faut pour avancer.
Même lorsque nous nous désignons nous-même comme
"sauveur" de notre vie, nous perpétuons le même piège :
celui de croire qu'il existe une séparation entre nous et la possibilité d'être.
Cesser de croire que nous devons être sauvés, ce n'est pas nier la douleur, l'injustice ou la difficulté. C'est reconnaître qu'elles ne disparaitront pas par une intervention miraculeuse.
C'est sortir du fantasme du salut pour entrer dans la réalité de la responsabilité, du soin et de l'action.
C'est sortir de l'idéalisme et de la morale, pour rencontrer la vie telle qu'elle est, avec ses contradictions, ses zones d'ombre et ses possibles imparfaits.
Ce n'est pas la figure du sauveur qui nous manque,
mais la confiance dans nos propres liens.
Ce n'est pas une délivrance qu'il faut espérer,
mais une manière d'habiter pleinement notre puissance commune. L'autonomie n'exclut pas l'entraide : au contraire, elle la rend possible,
parce que nous ne nous agenouillons plus devant le mythe du sauvetage.
Ne pas chercher de sauveur,
c'est apprendre à marcher ensemble sans attendre un guide absolu.
C'est accepter que la vie n'offre pas de sortie spectaculaire,
mais une infinité de chemins modestes où, pas à pas,
nous cessons de dépendre de l'illusion du salut,
et où nous nous libérons des idéaux irréalistes
et des jugements moraux qui nous paralysent.

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